lundi 6 juin 2005
Commentaires sur le Rapport Carayon (4)
"Sans paranoïa ni panique, il est temps de réagir et, tout simplement, de réaliser « trois mariages et un enterrement » : le mariage entre les administrations publiques, le mariage entre le public et le privé et le mariage de l’information blanche avec celle qui l’est un petit peu moins… L’enterrement alors, sera, celui des naïvetés françaises !" P11
Cette métaphore utilisée par B.Carayon, retrace parfaitement les problèmes que rencontre l'IE en France :
D'abord, on constate un cloisonnement entre les différentes administrations et autorités publiques, puisque il y a un manque de mutualisation et de concertation entre les membres de ces entités. Parfois, on assiste même à "des rivalités" entre réseaux consulaires.
Ensuite, un autre frein entrave la démarche d'IE française : les acteurs privés et les acteurs publics ne mettent pas en commun leurs compétences et leurs sources d'informations pour une meilleure exploitation et entraide. Et comme le mentionne clairement B.Besson dans son livre "Du renseignement à l'intelligence économique" : "le monde des sociétés d'IE est disparate et entretient avec l'Etat des relations ambigües faites de complicité et de méfiance."
Last but not least, savoir exploiter toutes les sources d'informations disponibles. En fait, il faut exploiter systématiquement les sources dites ouvertes ou encore blanche : journaux, revues, web, salons, forums...et encore plus "celle qui l'est un petit peu moins...". Malheureusement, si le rapport a bien expliqué les deux premiers mariages, le dernier n'a pas eu sa chance !
A priori, étant donné qu'on doit rester toujours dans la sphère de la légalité, on entend dire par information grise, l'information qui n'est pas disponible d'une manière directe et qui nécessite plus de travail de renseignement, d'analyse et de traitement : on peut citer à titre d'exemple mobiliser son réseau pour savoir les clients d'un concurrent,ses actionnaires (par une prise de participation),...
Quant à l'enterrement, c'est savoir dépasser les lacunes "culturelles" françaises. En fait, on n'a jamais entendu parler de "culture d'information française" par comparaison à celle japonaise, américaine ou encore suédoise. C'est ainsi que les dirigeants français croient encore que le fait de restreindre l'accès à l'information, la conserver sous le manteau lui procurerait plus d'avantage que lorsque on la partage avec autrui.
Cette réticence vis-à-vis de l'information et de son partage rend difficile le développement d'une "politique d'intelligence économique". En fait, une mutualisation et un partage de l'information, permettra de réduire d'une manière très sensible, les coûts inhérents puisque les charges fixes (collecte, traitement, personnel, maintenance...) seront supportés par une multitiude d'acteurs au lieu d'un seul. D'autre part, cette mutualisation permet l'enrichissement et le développement des connaissances, puisque plusieurs avis seront produits à partir d'une même base.
lundi 30 mai 2005
Commentaires sur le Rapport Carayon (3)
"Nos faiblesses dans ces domaines sont tragiques : les marchés du conseil, de la certification et de la notation sont totalement dominés par les Américains et les Britanniques, ainsi que toutes les formes et tous les réseaux techniques d’information. Cette hégémonie s’étend aux fonds de pension mais aussi à de nouvelles formes d’influence mises en oeuvre par des organisations non gouvernementales (ONG), des sociétés de lobbying, dont l’efficacité dans les instances internationales nous laissent désarmés… Partout où s’élaborent les règles, les normes, voire les modes, nous avons perdu pied. Des sociétés d’intérêt stratégique passent sous le contrôle d’investisseurs avisés ; des technologies étrangères sont retenues pour traiter des informations liées à notre souveraineté ou à la circulation d’informations confidentielles. Sur de nombreux marchés extérieurs, nos entreprises-phares sont soumises à des déstabilisations parfois inimaginables. Ce constat de carence et d’impuissance ou, dans le meilleur des cas, de désordre, est partagé par la quasi-totalité des acteurs publics et privés." P11
En fait, les domaines cités par B.Carayon, ont comme principal support l'information stratégique. Ainsi, pour pouvoir excercer leurs missions les consultants, les compagnies d'assurance, de certification et d'expertise comptable doivent accéder à des informations stratégiques, sensibles, confidentielles.
De ce fait, plusieurs opérations d'acquisition, absorption-fusion de courtiers et d'assureurs ont été engagées par des boîtes américaines pour avoir un poids plus important d'une part, et pour accéder à des informations ultra-sensibles concernant leurs concurrents.
"Ainsi, après les différentes acquisitions réalisées au cours de ces dernières années, 70% des grands comptes industriels sont désormais assurés par des sociétés de courtage américaines". (A.Aïdi, Les secrets de la guerre économique, Seuil).
De même, dans le secteur de la normalisation comptable et le débat qu'a suscité le passage aux normes IFRS, il faut noter que les leaders du marché, sont principalement anglo-saxons ! D'autant plus que, si on est à l'origine des nouvelles normes, on peut les orienter selon ses intérêts : soit pour défendre sa position politique, économique, stratégique ou encore, rendre plus fluide l'appropriation de nouvelles parts de marché !
D'autre part, la politique américaine d'influence et de lobbying passe maintenant par des ONG : études de marchés, tendances, principaux acteurs, réseaux de communications...Ces structures peuvent aussi conduire des compagnes de désinformation, de déstabilisation à l'encontre de cibles prédéfinies qui vont à l'encontre de l'intérêt de l'Oncle Sam. On peut citer à titre d'exemples, la compagne menée contre la compagnie pétrolière Total lors de son installation en Birmanie ou encore Greenpeace VS Cogema.
Quant aux opérations de déstabilisation qu'ont subi les entreprises françaises, la liste risque d'être un peu longue : de Total jusqu'à Cogema, en passant par Pernod et Sodexho.
Cependant, il faut se poser la question suivante : est-ce que la simple création d'un organisme français en réplique de ceux déjà en place au Far-West serait la solution pour contrecarrer ces pratiques ?
jeudi 26 mai 2005
Commentaires sur le Rapport Carayon (2)
Je continue donc mes commentaires sur le rapport Carayon avec un deuxième passge qui traite cette fois de l'handicap culturel et des formations.
À ces handicaps institutionnels s’ajoutent des handicaps culturels : nos élites, issues de la fonction publique ou de l’entreprise, n’ont été formées que superficiellement aux transformations de notre environnement économique international. La mondialisation s’inscrit certes dans leurs préoccupations ou parfois dans leurs ambitions personnelles ; l’attractivité des MBA aux États-Unis est croissante pour nos étudiants comme celle de la Silicon Valley pour nos chercheurs, plus nombreux là-bas que tous les personnels du CNRS. Mais l’idée d’enrichir leur pays d’origine de ces formations ou des connaissances acquises outre-atlantique est restée pour eux en quelque sorte accessoire. P9
Cet handicap culturel peut être expliqué par l'attractivité de l'offre américaine dans le domaine de la science et de l'ingénierie d'une part(niveau de formation, aides financières, perspectives professionnelles...), et par un individualisme un peu trop poussé des élites françaises qui se voient ou se sentent sous-estimées sur le territoire français : problèmes d'embauche, rémunération moins alléchante, position dans la sphère scientifique...
Contrairement aux français, les chinois ont un patriotisme très remarquable, outil dont se sert le gouvernement chinois dans l'élaboration de ses stratégies dans le domaine des science et de l'ingénierie : en fait, la majorité des étudiants chinois qui partent dans les quatre coins du monde pour des formations aussi diverses que stratégiques, sont "rappatriés chez eux" après une période qui n'excède généralement pas les 3 ans. Bien sûr, ils rentrent chez eux avec tout l'arsenal qu'ils ont appris à l'étranger et parfois encore plus !
Cependant, il faut noter que les Etats Unis s'alarment aussi quant à la question de la fuite des cerveaux et de l'apport des étudiants étrangers. C'est ce qui a été établi dans un rapport publié récemment, voir notamment le billet suivant : Les Etats Unis et les étudiants étrangers et l'article du Figaro : les jeunes chercheurs français cèdent au rêve américain.
mardi 24 mai 2005
Commentaires sur le Rapport Carayon
Après ma lecture du rapport Carayon et quelques réflexions, j'ai voulu prendre l'initiative de commenter des extraits de cette référence en matière d'intelligence économique, vu que le rapport aura bientôt deux ans depuis sa publication et que plusieurs données ont changé depuis. Donc, ce travail portera sur des commentaires réguliers de quelques passages du rapport Carayon à la lumière de l'état actuel de l'intelligence économique.
Cependant, j'aimerais bien que vous me partagez cette expérience par vos commentaires en ligne, histoire de faire un tour du sujet de divers angles, donc à vos claviers !
Voici donc le premier extrait :
"L’expression d’intelligence
économique n’est encore connue que d’initiés et reste singulièrement ambiguë :
sans doute parce qu’elle est trop souvent comprise dans son acception
anglo-saxonne alors même qu’en France, et c’est bien le paradoxe, elle ne couvre
le plus souvent que des méthodes classiques et éprouvées de veille
concurrentielle .
Voilà l’échec majeur
des Français : s’être focalisés sur les moyens et avoir occulté les fins..." P7
L'acception anglosaxonne de l'intelligence économique la plus courante est "Competitive Intelligence" alors que le terme "Intelligence" correspond au Renseignement ! De plus, elle est souvent assimilée à l'espionnage puisqu'elle comporte un volet recherche d'information, traque d'information ou encore "renseignement", ce qui peut induire en erreur, car la différence est claire et nette : l'intelligence économique exploite l'information ouverte par des moyens légaux !
Cependant, vu la couverture médiatique actuelle et les actions menées partout dans la France, cette discipline commence à susciter l'intérêt de plusieurs individus et entités économiques.
En revanche, le paradoxe soulevé dans le rapport Carayon continue à exister : on est à la quête du "tout technologique" au dépend des démarches cohérentes, réfléchies et concertées : plateformes de veille intégrée, logiciels de veille, agents intelligents, sites et portails... La vraie problématique c'est comment adopter une démarche d'intelligence économique et pour quelles fins, car l'IE est d'abord un état d'esprit et non des outils !
On peut voir ça dans les actions régionales menées par les CCI, les ARIST et d'autres corps et institutions, qui étouffent parfois l'offre régionale d'une seule région sans apporter vraiment la valeur ajoutée qu'on attend !






