lundi 13 mars 2006
Interview de Carlo Revelli (Cybion/Agoravox)
Dans la suite des interviews de Vtech, Carlo Revelli sera notre invité du jour pour nous parler de l'intelligence économique en France ainsi que le métier de la veille à l'ère des blogs.
- Une présentation comme d'habitude de Carlo Revelli et de Cybion
La société été créée en 1996 par Joël de Rosnay, ancien Directeur de la Prospective à la Cité des Sciences de la Villette et moi (diplômé de l'Université de Rome en sciences économiques et chercheur en Sciences de l'Information de l'Université de Paris X). L'idée à l'origine de la société, a donc été de tenter d'extraire des données stratégiques à partir l'information disponible sur Internet, ce qui n'était pas évident encore à l'époque car les moteurs de recherche n'avaient pas encore acquis les bases de données qu'ils ont aujourd'hui et l'ensemble de l'information des entreprises n'était pas
toujours disponible sur Internet. Dominer de nombreux outils s'est révélé fondamental car l'aspect stratégique n'est pas intrinsèque à l'information mis à disposition sur l'Internet. Il a fallu passer 3 à 4 années à éduquer l'entreprise, pour créer un savoir interne : sources technologiques, sources économiques, sources sociologiques. Une partie de ce savoir a été retranscrit dans un ouvrage publié chez Dunod dés 1998 (Intelligence Stratégique sur Internet)
- Le positionnement stratégique de Cybion, ses clients, ses concurrents...
Notre positionnement est très " produits ", " image sur Internet ". Même si l'on sait mettre en place une veille dédiée aux brevets, on a une approche beaucoup plus orientée vers les directions Marketing - Communication ou Etudes que vers la technique pure. Nos clients sont essentiellement des grands comptes issus du monde des Télécom, des cosmétiques, de la banque/assurance ou bien encore les ministères.
- Votre avis professionnel sur l'état actuel de l'intelligence économique en France : les points forts, les perspectives, les faiblesses...
La France se distingue des pays anglo-saxons. Mais la tendance semble s'inverser avec notamment le travail réalisé par le politique depuis deux ans, avec le rapport Carayon et la création du poste de Haut Responsable à l'Intelligence Economique. Mais il est vrai que l'on ne change pas des habitudes aussi rapidement ! Notre démarche est simple:
rappeler au client que Google n'est pas Internet et que l'on n'y trouve pas tout ! Car le problème majeur auquel on se heurte ce n'est pas tant la reconnaissance d'un besoin de veille que celui de la reconnaissance d'une non capacité à réaliser cette veille. Cela étant, les managers plus jeunes sont de plus en plus sensibles à des services comme les nôtres.
Notre avis est triple : premièrement, la démarche mise en place par le gouvernement, nous semble devoir être à terme européenne. C'est à ce niveau que doit se situer la problématique et le support. Deuxièmement, nous encourageons depuis des mois le développement d'un outil de recherche européen spécifique, afin de ne pas dépendre des moteurs de recherche américains. Cette situation d'oligopole est dangereuse. Cela dit, les choses semblent bouger à ce niveau là...
L'Europe pourrait, en théorie, du jour au lendemain voire ses portes d'entrée Internet, que sont devenus des moteurs comme Google, se fermer ou proposer des résultat "filtrés", "édulcorés", "orientés",... en fonction des zones géographiques de connections. On a donc besoin d'une autonomie d'accès et d'outils indépendants, faisant appels à des choix technologiques qui ne soient pas hégémoniques. Enfin troisièmement il est important que l'action de Veille reste du domaine de la sphère privée car l'État ne doit pas tout faire, d'autant qu'il n'est pas le premier concerné par l'information mais un utilisateur parmi d'autres... Qu'il coordonne les remontées d'information de certains acteurs et les mettent à la disposition des entreprises en les protégeant, est un rôle bénéfique qu'il peut avoir.
- L'intelligence économique et les PME : vos retours d'expérience
Les PME restent encore peu sensibilisées à l'intelligence économique et ce malgré les efforts des professionnels du secteur et l'Etat. Le principal frein psychologique demeure l'idée qu'elles se font des prix, très souvent faisant référence aux prix des éditeurs de plate-forme de veille. Je ne peux que les encourager à sensibiliser leur fédération professionnelle à mettre en place des cellules de veille ou bien à faire appel à des entreprises spécialisées pour rester compétitif sur leur marché et anticiper les tendances. Pour exemple la Fédération de la maille avait mis en place une cellule de veille via Internet il y a plusieurs années et avait détecté très tôt les conséquences qu'auraient l'abolition des quotas sur les textiles mise en place en janvier 2005 !
- Le marché de travail en intelligence économique
Le marché de l'emploi reste d'une part assez confidentiel et d'autre part n'offre pas les débouchés suffisants. De plus les nombreuses formations universitaires sont peut être en avance sur les besoins réels du marché.
- La blogosphère et son impact sur la compétitivité des entreprises
L'arrivée des Blogs a changé beaucoup de choses dans l'expression individuelle. Cela facilite l'expression de la " Place publique ", sans barrière technologique. Le volume d'information disponible s'est nettement accru (ce qui ne simplifie en rien la veille) mais surtout la nature des informations a considérablement évolué. Les Blogs ont ouvert des espaces d'expression à de nouveaux utilisateurs moins intéressés par des sujets techniques que sociétaux. Ceci ouvre de nouvelles perspectives de veille, exploitant le contenu des Blogs comme un miroir de notre société.
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